ALT

Le téléphérique, trésor oublié du patrimoine helvétique

Avec plus de 800 installations encore en service, dont de nombreux oldtimers, la Suisse est un paradis des téléphériques. Véritables concentrés d’histoire, de tradition et de savoir-faire helvétiques, ces objets sont nombreux à être menacés de disparition. Une exposition en trois volets leur rend hommage, en même temps qu’elle souligne la nécessité de les protéger.

La Suisse, pays des banques, des montres, du chocolat… et des téléphériques ! « On ne le dit pas assez, mais ce moyen de locomotion, étroitement lié à l’essor du tourisme dans l’espace alpin et au développement de l’agriculture de montagne, est un bien culturel helvétique par excellence, souligne Karin Artho, directrice de la Maison du patrimoine, à Zurich. À la fin du XIXe siècle, grâce aux nouvelles lignes de chemin de fer, les touristes sont toujours plus nombreux à venir dans les Alpes. À cette époque, on pensait d’abord pouvoir les amener vers les cimes à bord de trains à crémaillère. Mais pour des raisons techniques, ceux-ci ne pouvaient venir à bout de toutes les côtes, ce qui a donné une impulsion au développement des transports à câbles modernes. Depuis l’édification en 1908 du premier d’entre eux en Suisse, destiné au transport des personnes au Wetterhorn, à Grindelwald – quelques semaines tout juste après l’inauguration du premier téléphérique du monde à Bolzano, en Italie ! –, un véritable boom a suivi. Si la Première Guerre mondiale a mis un coup de frein au développement du tourisme, dès les années 1930, la reprise économique a vu leur nombre repartir en flèche. On en dénombre aujourd’hui près de 800 à travers le pays, dont de nombreux oldtimers. »

Le téléphérique est un bien culturel helvétique par excellence.

Content image
x
OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Téléphérique de Palfries, Mels SG. Arrêté durant des décennies, cet oldtimer a repris du service depuis 2016. L’ancien téléphérique militaire est désormais exploité par une coopérative.

Un joyau à sauvegarder de toute urgence

Désireuses de souligner la riche histoire de ces objets, trois institutions – la Maison du patrimoine à Zurich, la Gelbe Haus à Flims et le Nidwaldner Museum à Stans – ont choisi de leur consacrer une exposition intitulée « Le bonheur – par les airs – par le câble ». La démarche poursuit également un autre but : faire prendre conscience au grand public de leur valeur patrimoniale et de la nécessité de les protéger. « Contrairement aux vieux bateaux à vapeur ou à certains avions, comme le Super Constellation, ils ne le sont pas alors qu’eux aussi racontent l’histoire technique d’une Suisse en plein essor, regrette Karin Artho. Que ce soient Von Roll à Berne, Habegger à Thoune, Bell à Kriens, Giovanola à Monthey ou Gerhard Müller à Dietlikon, beaucoup de ces constructeurs de réputation mondiale ont cessé leur activité. Certaines de leurs installations fonctionnent pourtant encore et attestent de la variété et de la qualité des réalisations d’autrefois. Devenus de plus en plus rares, ces témoins aériens risquent de disparaître tout à fait sous la pression économique et le relèvement des exigences en matière de sécurité. »

En 2010, un inventaire – établi sous la direction de l’Office fédéral de la culture, en collaboration avec l’Office fédéral des transports, les Remontées mécaniques suisses, le Concordat intercantonal sur les téléphériques et les téléskis, la Commission fédérale des monuments historiques et la Société d’histoire de l’art en Suisse – a fait pour la première fois le recensement complet du parc d’installations à câbles historiques du pays. Parmi elles, 129 ont été inscrites à l’inventaire en raison de leur importance culturelle, historique ou technique. En tout, l’opération a permis de dénombrer 67 lignes d’importance nationale et 44 d’importance régionale, sans oublier plusieurs exemples récents particulièrement innovants.

« Depuis la publication de la liste, un tiers des téléphériques ont été mis hors service ou démantelés », précise Karin Artho. L’exposition le montre : les avancées techniques et les nouveautés apportées à la construction des transports par câbles ont contribué à écrire les premières pages de l’histoire du tourisme en Suisse. Les prestations de l’ingénierie et du génie civil, l’engagement des entreprises et l’innovation sont autant de savoir-faire helvétiques particuliers, qui se sont développés grâce à ces installations. Les reconnaître comme des témoins importants de notre patrimoine technique et architectural s’impose de plus en plus comme une évidence.

 

Rubriques
Patrimoine