Quand les jurés se mettent à table…

Ils sont une cinquantaine en Suisse romande à révéler des pépites d’écriture. Sans l’engagement passionné de leur jury, ils n’existeraient pas. Les prix littéraires foisonnent, à travers eux les voix des jurés résonnent, nous guidant habilement vers d’inédits horizons littéraires.

Au moment où j’écris ces quelques lignes, la période estivale bat son plein. Quelle meilleure saison que celle des vacances pour dévorer un roman, un essai, un recueil de poésies dont on appréciera (du moins l’espère-t-on) chaque page comme on savourerait une gourmandise. Reste le plus dur, faire son choix parmi la myriade d’ouvrages chaque année publiés au menu, venant gonfler les rayons pléthoriques des 579 librairies helvètes dont 145 sont romandes. Les quelque 10’000 ouvrages édités et parus en Suisse en 2018(1), tous thèmes confondus, comptent dans leurs rangs 1’796 livres (y compris les rééditions) écrits en langue française. Alors oui, dans cette jungle abondante, proposer au public d’autres panoramas en donnant de la visibilité à de premiers romans et à de nouveaux ou jeunes auteur(e)s apparaît comme une vitale nécessité. Aux côtés des éditeurs et des libraires engagés, les prix littéraires plus confidentiels comme celui de la SPG jouent un rôle essentiel, celui de « signaler avant qu’ils ne disparaissent dans la pléthore de livres qui paraissent, des ouvrages qui méritent d’être remarqués », souligne Mania Hahnloser, présidente d’honneur de l’Alliance française de Berne et membre du jury du prix littéraire SPG qui a couronné en 2019 le premier roman de Claire May intitulé Oostduinkerke aux éditions de l’Aire.

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« Un livre magnifique », selon Mania Hahnloser.
« Un livre magnifique », selon Mania Hahnloser.

Des prix fertiles

Citons pêle-mêle les plus récents d’entre eux, le prix « Le roman des Romands » créé en 2009, le prix des lecteurs de Lausanne (2015) ou encore celui du public du Salon du livre de Genève né en 2017. Avec son prix du même nom créé en 2014 qui sacre un premier roman romand écrit en langue française et édité par une maison d’édition suisse, la SPG souligne le lien fort qu’elle entretient avec la création artistique depuis sa genèse : « En récompensant un nouveau livre, nous voulions aussi encourager, honorer la prise de risque d’une vocation naissante (…), soutenir les maisons d’édition suisses (…) qui exercent un métier exigeant dans un marché difficile », commente Thierry Barbier-Mueller, président du prix, administrateur délégué de la Société Privée de Gérance SA, dans un article paru dans L’INFORMATION IMMOBILIÈRE en 2014. Si la littérature générale connaît une petite baisse de régime, la créativité n’est pas en berne. Le « prix est fertile » fait remarquer Pascal Couchepin, ancien conseiller fédéral et président d’honneur du prix SPG, soulignant « l’accroissement du nombre de candidats au fil des ans » et prédisant « un bel avenir à la littérature Suisse romande » qu’il souhaiterait « être davantage reconnue à l’échelle du monde francophone ».

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De gauche à droite : Thierry Barbier-Mueller, Hélène Leibkutsch, Mania Hahnloser, Isabelle Falconnier, Pascal Couchepin.
De gauche à droite : Thierry Barbier-Mueller, Hélène Leibkutsch, Mania Hahnloser, Isabelle Falconnier, Pascal Couchepin.

Grand appétit

À peine les trois lauréats distingués (1er, 2e et 3e prix), il s’agit déjà de se remettre à la lecture ! Le jury du prix SPG a onze mois pour lire les 25 livres choisis (contre 50 à l’origine) en amont par le comité de présélection notamment lors de la rentrée littéraire entre août et octobre et passer aux délibérations suivantes. Engagés depuis le premier opus, tous les membres ont un vif attachement à la littérature. Et c’est particulièrement vrai pour les figures féminines telles Isabelle Falconnier, journaliste et critique littéraire qui sont à l’initiative de plusieurs prix en Suisse romande, Hélène Leibkutsch, une lectrice « vorace et éclectique depuis sa plus tendre enfance » et Mania Hahnloser qui a reçu au cours de sa présidence à l’Alliance française de Berne des auteurs et des académiciens prestigieux. Signalons l’arrivée d’une nouvelle recrue tout aussi enthousiaste en la personne de Sofia Baureder. Cette enseignante de français et allemand au Collège Calvin qui a été membre du jury du prix des auditeurs de la RSR, voit comme « une aventure fascinante, sa participation à la découverte de nouvelles voix émergentes ».

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Claire May – Salon du livre 2019.
Claire May – Salon du livre 2019.

À taaable !

On imagine leur tâche ardue et ingrate, des réunions vives et houleuses. Que nenni ! Le jury du prix SPG commence rituellement sa séance de délibération par un apéritif puis un déjeuner, histoire d’échanger à bâtons rompus des impressions générales et des coups de cœur ; une fois les agapes terminées, « fini de parler ! les choses sérieuses se précisent lorsque nous nous mettons cette fois à la table de travail ! L’atmosphère est détendue, chacun est à l’écoute des autres et respectueux des différentes opinions. J’ai la chance de débattre avec des personnes compétentes et, cerise sur le gâteau, qui ne sont ni autoritaires ni agressives », raconte Mania Hahnloser. « Un regard, une finesse d’analyse, un angle, des mots justes », telles sont les qualités requises pour piquer sérieusement la curiosité de nos jurés en quête du Graal. Difficile de départager des écritures toutes singulières, mais au fil des lectures certains ouvrages sortent naturellement du lot. « Dans un premier temps, c’est difficile de choisir et puis, petit à petit, un roman s’impose pour des raisons qui paraissent mystérieuses, mais qui ont, on s’en rend compte lors de la délibération du jury, une base objective », explique Pascal Couchepin. Comme ses partenaires, Hélène Leibkutsch attend d’un écrivain qu’« il éveille l’imaginaire visuel du lecteur » grâce à la justesse des mots, un ton unique et un vocabulaire riche. Autant de nouvelles saveurs qui nous donnent envie de nous (re)mettre à la table de lecture.

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Le prix littéraire SPG est doté de 5’000 CHF. Ici, Claire May (de dos) avec Thierry et Valentine Barbier-Mueller.
Le prix littéraire SPG est doté de 5’000 CHF. Ici, Claire May (de dos) avec Thierry et Valentine Barbier-Mueller.
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Culture