L’art de la fêlure

Au Japon, la technique ancestrale du kintsugi consiste à mettre en valeur les céramiques cassées en soulignant leurs fissures avec de la poudre d’or.

Un geste malheureux et voilà votre délicate assiette de Gien brisée en mille morceaux sur le sol de la cuisine, bonne pour finir à la poubelle. Contrairement au Japon, où ce genre d’accident banalement domestique s’expose dans les vitrines des musées. Là-bas, depuis le XVe siècle, les céramiques abîmées y sont patiemment reconstituées, réparées et leurs fissures subtilement soulignées d’une laque mélangée à de la poudre d’or.

 

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(Galerie Mingei)
Un bol bicolore création du célèbre potier Raku Kichizaemon XII (1857-1932).

Cette technique appelée kintsugi (littéralement : jointure en or) magnifie l’échec du vase cassé qui aurait dû être jeté. Et participe de la pensée japonaise wabi-sabi qui attribue de la beauté à l’objet cabossé. Loin d’être un défaut, la fêlure ainsi revendiquée cherche à montrer que l’imperfection n’amoindrit pas la valeur. Ou plutôt qu’elle lui en donne une nouvelle : la céramique raccommodée par le métal précieux se trouvant chargée d’une nouvelle histoire. ■