La magie après l’échec

On pense très fort aux douze maisons d’édition anglaises qui ont vu débarquer une jeune autrice avec son histoire de sorcier à lunettes sous le bras et lui ont signifié que son roman de plus de 300 pages était beaucoup trop long et pas assez commercial. C’était il y a pile 30 ans et le succès planétaire d’Harry Potter est aujourd’hui une leçon de l’échec commué en best-seller.
Si J. K. Rowling peut désormais compter sur une fortune esti-mée à plus de 1 milliard de dollars, c’est grâce à Bloomsbury Publishing, petit éditeur londonien qui sera le seul à flairer l’immense potentiel de cette saga magique. Ce qui n’empêcha pas la prudence. Le premier tirage est modeste : environ 500 exemplaires, dont 300 destinés aux bibliothèques. Pour autant, l’autrice ne considérera jamais cette période comme une simple série de refus.

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« L’échec m’a débarrassée de tout ce qui n’était pas essentiel. J’ai arrêté d’essayer de me convaincre que j’étais autre chose que ce j’étais vraiment, et j’ai commencé à concentrer toute mon énergie sur la seule œuvre qui m’importait vraiment», déclarait-elle des années plus tard dans son discours aux étudiants de l’Université d’Harvard, en 2008, décrivant sa situation de l’époque comme « aussi pauvre que possible sans être à la rue. » Une période difficile qui, paradoxalement, lui permis de se consacrer entièrement à l’écriture, dans les trains et les cafés, profitant de la sieste de sa fille pour noircir des pages. « J’avais touché le fond, mais le fond est devenu la fondation solide sur laquelle j’ai rebâti ma vie. »
Vendu à plus de 500 millions d’exemplaires, traduit en plus de 80 langues, adapté au cinéma, Harry Potter est un triomphe culturel comme il en existe peu dans un siècle. « Il est impossible de vivre sans échouer à quelque chose », expliquait encore J. K. Rowling, qui incarne cette idée qu’il ne faut jamais se laisser abattre et qu’on peut être un écrivain rejeté et devenir un phénomène littéraire grâce à la force de la persévérance. ■