Les belles équipes
Ils ressemblent aux blasons des anciennes maisons médiévales. Mais quelles histoires se cachent derrière les écussons des clubs de foot ?
FC Bâle, un air de Catalogne
Entre l’écusson du FC Bâle et celui du FC Barcelone, il y a comme un petit air de famille. Même couleur rouge et bleu, même petit ballon doré, même trigramme FCB… Et deux années de création des clubs assez proches : 1893 pour le premier, 1899 pour le second. Ces ressemblances frappantes s’expliquent assez simplement : les deux équipes ont été fondées par le même homme, Hans Gamper. Passionné de football à l’origine du FC Bâle, le Bâlois quitta la Suisse pour s’installer en Catalogne où il monta le FC Barcelone à qui il donna les couleurs de son club de cœur.
Liverpool et l’oiseau
Il veille sur Liverpool depuis le XIVe siècle. On veut parler du Liver bird, cet oiseau mythique inspiré par l’aigle de Saint-Jean, mais petit à petit assimilé au cormoran local. C’est donc logique qu’il apparaisse sur le blason de l’équipe de la ville fondée en 1892, enserrant dans son bec sans doute une algue, laver seaweed en anglais, qui évoque un jeu de mots historique avec le nom de Liverpool. À moins qu’il ne s’agisse d’un brin de genêt en référence au roi Jean d’Angleterre, de la dynastie des Plantagenêt, fondateur de la cité en 1207. L’écusson n’a pas beaucoup évolué depuis sa création. En 1992, lui est ajoutée la mention « You’ll Never Walk Alone », titre d’une hanson de 1945 dont les supporters ont fait, depuis 1963, leur hymne. Ainsi que deux torches qui rappellent le drame de Hillsborough où 96 fans succombèrent dans une tragique bousculade juste avant le match entre Liverpool FC et Nottingham Forest, le 15 avril 1989.
Le monogramme de l’OM
L’histoire de l’Olympique de Marseille est remplie d’ombres et de légendes. Le club est créé en 1899 sur la base du Football Club de Marseille fondé deux ans plus tôt. René Dufaure de Montmirail, son premier président, en dessine alors la signature graphique. L’histoire veut que le jeune homme de 23 ans ait adapté le D et le M de ses initiales pour entrelacer l’O et le M de l’équipe dans un esprit végétal très Art nouveau. Quant à la devise « Droit au but », qui se déroule sur le monogramme depuis 1899, il est parfois dit que c’est la femme de René qui en serait l’auteure. Notez aussi que le blason ci-contre est celui de 1980, le plus proche de l’original dans les écussons récents. Un choix délibéré, car en 2026, le club dévoilait la dernière refonte de son blason dans un style minimaliste et sans fioritures, loin de faire l’unanimité.
L’Inter, le bleu et le noir
Un I dans M, les deux lettres maintenues dans trois cercles blanc, bleu et noir. Le logo de l’Inter de Milan reprend peu ou prou celui dessiné en 1908 par l’illustrateur, publiciste et fondateur du club Giorgio Muggiani. Si l’artiste a choisi le bleu et le noir, c’est avant tout pour se distinguer du rouge de son ennemi juré, le Milan Football & Cricket Club, futur Milan AC. Mais aussi pour des raisons symboliques. Contrairement au Milan AC réservé aux seuls joueurs italiens, l’Inter accueille les footballeurs de toutes origines, Muggiani voyant dans le mariage du bleu et du noir, nerazzurri en italien, une alliance chromatique capable de traduire sa philosophie cosmopolite.
Le damier du Bayern
Dessiné en 1900, à la création du FC Bayern München dans l’arrière-salle, à Munich, du café Gisela, l’écusson du club a passablement évolué au gré des soubresauts de l’histoire. Au méli-mélo complexe de lettres enchevêtrées des débuts a fait place, à partir de 1920, une rigoureuse simplification. Dès cette date, le mot Bayern y apparaît sur un fond rouge, la couleur du Münchener Sport-Club, avec qui l’équipe s’est financièrement associée en 1906, surplombant un damier bleu et blanc, symbole de la Bavière. Ce motif traversera le siècle jusqu’à aujourd’hui, en dépit d’une interruption entre 1938 et 1945, lorsque le régime nazi le remplaça par une croix gammée. Revenue illico sur le blason dès la fin de la guerre, la composition à carreaux accompagne depuis lors le nom de l’équipe en lettres blanches sur fond rouge.
Ajax, le héros d’Amsterdam
Mais que vient faire un guerrier grec sur le blason d’une équipe néerlandaise ? Le vaillant Ajax n’a pourtant pas toujours illustré le club d’Amsterdam. Ce n’est qu’en 1928, 28 ans après la création de ce dernier, qu’il remplace l’image d’un joueur portant le maillot rayé rouge et blanc de l’équipe. La date de ce changement coïncide aussi avec les Jeux olympiques d’Amsterdam. Très bien, mais pourquoi Ajax ? Sans doute parce qu’il est le seul héros de la mythologie à n’avoir jamais été blessé, véhiculant ainsi des valeurs de courage et d’invincibilité. Dans la dernière version du blason, celle de 1991, son profil est constitué de 11 traits représentant ainsi chaque joueur sur le terrain.