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Le Saint-Georges fait briller le cœur de Genève

Quand on l’aperçoit du haut du boulevard, c’est d’abord une couleur, une lumière rouge dans une artère grise, fatiguée par le temps. Dans ce quartier de Plainpalais-La Jonction en pleine mutation, le Saint-Georges Center prend position : il s’affirme, il prend place, il est là, témoignant des pouvoirs de régénération de l’urbain. En s’approchant, on découvre un édifice d’une intriguante complexité : sous des dehors apparemment unitaires, il collectionne les figures du « à la fois », mettant en concordance architecture et urbanisme, modernité et baroque, innovation et tradition. Le tout servi par une construction impeccable, aussi luxueuse qu’une montre à complication.

Un concours international privé

Remontons de quelques années. Le site était occupé par un immeuble administratif des années 60, d’une raideur blanche et carrée, construit par les frères Honegger sur le modèle de préfabrication lourde appliqué à la réalisation de près de 10 000 logements dans le canton de Genève. On avait d’abord envisagé de le rénover : conserver l’intérieur et ses sept étages, mais remplacer ses façades-rideaux, devenues de véritables pas-soires, par une nouvelle peau moderne, insonorisante et économe en énergie. En 2003, convaincue de l’avenir de cette adresse de centre-ville, SPG Asset Development a choisi de jouer la carte de la qualité en organisant un concours international privé. Sept architectes suisses, européens et américains ont été invités à proposer une nouvelle façade pour le vieux bâtiment. Le jury a retenu le projet du bureau d’architectes Sauerbruch & Hutton (Berlin), qui proposait de remplacer les façades de béton plates des années 60 par une courbe de verre, enveloppant d’un geste continu la totalité du vieil immeuble.
Par la suite, le désir de régénération a gagné la totalité de l’édifice. Tout compte fait, il a paru préférable de remplacer non seulement les façades, mais aussi l’intérieur en démolissant le bâtiment Honegger et en le remplaçant par un immeuble entièrement neuf, conforme aux normes contemporaines et équipé de planchers aux dalles actives, plus souples aux usages et plus rationnelles pour la gestion des économies d’énergie.

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Saint-Georges Center à Genève. La nuit, le bâtiment s’habille de lumière.

Un immeuble « à la fois » simple et complexe

Le Saint-Georges Center réussit une étonnante prouesse : il concilie une collection de contraintes habituellement jugées comme contradictoires et qui se trouvent, ici, mises en congruence avec une rare élégance. C’est la figure architecturale du « à la fois », identifiée naguère par l’architecte théoricien américain Robert Venturi*.
D’abord, le volume : le passage de l’angle droit à la courbe permet « à la fois » de créer un objet tout d’une pièce et fortement identifié, et de rendre hommage à l’urbanisme d’îlots où l’immeuble se trouve parfaitement intégré. Ni isolement, ni mimétisme, mais condensation : sur le boulevard, la courbe très tendue de la façade se développe dans la marge de jeu traditionnellement réservée aux débords des balcons ou des bow-windows ; à l’extrémité, le rayon de courbure se resserre, donnant à l’immeuble le profil vertical d’une tour ; à l’arrière, la courbe se détend de nouveau, dominant la cour d’îlot et ses voisinages hétéroclites. Ensuite, le style : l’immeuble est « à la fois » baroque par ses courbes, qui mettent en continuité l’avant, le pignon et l’arrière de l’immeuble ; et moderne par sa construction, la double peau de verre à lamelles colorées qui a fait la renommée mondiale de Sauerbruch & Hutton et combine, dans un dispositif bien rodé, les performances énergétiques, l’isolation phonique, la protection solaire et le chatoiement esthétique des transparences et des reflets. Enfin, l’image : le Saint-Georges Center est « à la fois » monotone (un seul motif répété du haut en bas) et varié (un camaïeu de couleurs chaudes) ; détaché (seul de son espèce) et contextuel (les tons rouges reprennent les couleurs d’immeubles voisins) ; innovant (actuel) et classique (avec une entrée dans l’axe), etc. De même, l’intérieur de l’édifice présente un étonnant mélange de rationalité impeccable et de dispositifs chaleureux, offrant « à la fois » la froideur du calcul et le plaisir de l’hospitalité.

Une construction d’une précision quasi horlogère.

Un chantier d’une précision quasi horlogère

Cette brillante démonstration de l’art de concilier les contraires est servie par une construction d’une précision quasi horlogère. Il faut saluer à cet égard le triple engagement du maître de l’ouvrage, des architectes et des entreprises qui, chacun dans son domaine de responsabilité, ont relevé les défis exigeants de ce chantier très exceptionnel. Sous le pilotage général de SPG Asset Development, la direction architecturale a été assurée par les Berlinois Sauerbruch & Hutton, associés au Genevois Fabio Fossati, connu pour plu-sieurs réalisations remarquées à Genève (notamment l’immeuble lumineux situé à l’angle de l’avenue de l’Amandolier et de la route de Chêne). La direction technique des travaux a été prise en charge par le bureau d’ingénieurs Pillet S.A.  Il faut notamment souligner la véritable prouesse qu’a représentée la construction de la façade : la fabrication de pièces de verre cintrées et bombées aux courbures toutes différentes ; leur transport sans casse et leur stockage sur le site du chantier ; leur pose dans l’ordre, en commençant d’un côté et avec une précision suffisante pour que l’enchaînement des travées finisse par tomber juste à la fin ; enfin les finitions et les nettoyages tels qu’ils ont été pensés au départ. Commencé en août 2010 et mené à bien sans la moindre anicroche, le chantier a livré cet automne les sept étages d’un immeuble Minergie d’un type nouveau à Genève, emblème éclatant de la régénération du quartier de la Jonction.

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