Focus – Ivan Illich

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Ivan Illich

La société « contre-productive »

Son influence dans les années 70 était inimaginable. Au point que Valéry Giscard-d’Estaing, alors fraîchement élu président de la France en 1974, lui envoie une invitation pour parler des grandes réformes sociétales qui attendent son pays. Ivan Illich ne lui répondra jamais. La pensée de l’ancien prêtre qui rêvait d’une société sans école (titre de son livre best-seller publié en 1972) va petit à petit s’éteindre et plus aucun président ne fera appel à elle. Avant de se réveiller ces dernières années, au gré des bouleversements qui agitent notre XXIe siècle naissant.

Mort en 2002, le philosophe autrichien avait aussi envisagé, trente ans plus tôt, un futur qui irait trop vite, où les institutions et la société seraient dépassées et dégradées par le progrès. « Chaque voiture qui s’ajoute à la circulation du boulevard périphérique aux heures de pointe augmente le temps pendant lequel des milliers d’autres voitures sont obligées de s’y traîner », exprime son concept de « contre-productivité ». Son idée ? La technique créé des monopoles qui empêchent l’accès à d’autres moyens d’accomplir la même fonction. C’est un peu le principe de Peter appliqué à notre société industrielle qui, plus elle s’élève, plus elle augmente son niveau d’incompétence. L’automobile tue la marche à pied, la multiplication des moyens de communication font que plus personne n’écoute ni n’entend tandis que les employés perdent leur temps dans les bouchons. ■