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Dépistage du cancer colorectal: un geste simple peut vous sauver la vie

INTERVIEW — Le cancer colorectal est une priorité de santé publique, Dre Béatrice Arzel, directrice de la Fondation genevoise pour le dépistage du cancer, rappelle l’importance de dépistage.

Avec 4300 nouveaux cas par an et 1750 décès (sources: NICER et Ligue suisse contre le cancer), il demeure parmi les cancers les plus meurtriers. Un dépistage organisé pourrait diminuer de moitié la mortalité liée à cette maladie.

La grande majorité des cancers colorectaux surviennent après 50 ans. Deux personnes sur cent environ décèdent de ce cancer en dépit des traitements. Selon les estimations, un dépistage populationnel permettrait de réduire le nombre de ces décès jusqu’à 50%. On ne dispose pas encore de chiffres concrets pour la Suisse, car les programmes ne sont pas en place depuis assez longtemps.

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Image: Swiss cancer screening - mars 2019

Dans les cantons qui ont mis en place un programme de dépistage du cancer colorectal, la participation est ouverte aux hommes et femmes de 50 à 69 ans. Selon le canton, il est proposé comme méthode de dépistage uniquement le test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (test FIT) tous les deux ans ou un choix entre la coloscopie tous les 10 ans ou le FIT tous les deux ans.

Médecins et pharmaciens jouent un rôle central auprès de la population: sensibilisation, information équilibrée, orientation selon le niveau de risque personnel et inclusion si le dépistage dans cadre du programme est adapté. Quoi qu’il en soit, le dépistage n’est pas adapté si on présente des symptômes tel que sang dans les selles, douleurs abdominales persistantes, amaigraissement inexpliqué; il faut alors aller consulter son médecin.

À Genève, l’ensemble des acteurs institutionnels et associatifs se mobilisent contre le cancer colorectal et sensibilisent les personnes âgées de 50 à 69 ans à l’importance du dépistage.

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Dre Béatrice Arzel, directrice de la Fondation genevoise pour le dépistage du cancer

immorama – Quels sont les bénéfices du dépistage du cancer colorectal?
Dre Béatrice Arzel – Le cancer colorectal est le candidat idéal pour un dépistage. En effet, l’immense majorité des cancers ont pour origine des polypes du côlon ou du rectum. Ainsi, en dépistant ceux-ci et en les enlevant, on peut réellement diminuer le nombre de cancers. Lorsque le dépistage est fait au stade où le polype adénomateux (LA sorte de polype qui peut se transformer en cancer) est devenu un cancer, mais ne se manifeste pas encore par des symptômes, le dépistage permet de faire baisser la mortalité et de proposer des traitements moins lourds. Il faut se rappeler que le cancer colorectal évolue longtemps sans se manifester; c’est pour cette raison que, sans dépistage, le diagnostic est souvent fait tardivement, à un stade où le pronostic est nettement moins favorable.

À qui s’adresse le test de dépistage?
Le programme de dépistage s’adresse aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 69 ans, sans symptômes (du sang dans les selles, une perte de poids inexpliquée; des troubles digestifs inhabituels du type douleurs, diarrhée, ou constipation); ni facteurs de risque particulier.

 

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Swiss cancer screening - mars 2019

Quelles sont les personnes considérées comme à risque élevé ou très élevé?
Les personnes à risque élevé sont celles ayant des antécédents personnels de cancer colorectal, des antécédents personnels de polype colorectal; des antécédents familiaux du premier degré d’adénome ou de cancer colorectal survenu avant 60 ans; les personnes atteintes d’une maladie inflammatoire chronique intestinale (rectocolite ulcéro-hémorragique, maladie de Crohn). Les personnes à risque très élevé sont celles qui présentent des syndromes héréditaires (polypose adénomateuse familiale, syndrome de Lynch).

Le test et son analyse sont-ils pris en charge par LaMal?
Le dépistage du cancer colorectal, par coloscopie tous les 10 ans ou par recherche immunologique de sang dans les selles tous les deux ans, est pris en charge dans le cadre de la LAMal depuis 2013.

Lorsque le dépistage est effectué dans le cadre du programme organisé, les prestations suivantes sont prises en charge hors franchise:

  • La consultation d’inclusion chez le médecin de famille agréé ou l’entretien-conseil chez le pharmacien agréé
  • Le test de recherche de sang occulte dans les selles (FIT): fourniture du test
  • Analyse ou la coloscopie de dépistage
  • la coloscopie en cas de résultat FIT positif
  • les analyses de pathologie après coloscopie si des polypes doivent être prélevés

Ainsi, reste à charge du participant la quote part de 10% du prix de ces prestations.

Par ailleurs, les prestations suivantes sont prises en charge par la LAMal, mais sont soumises à la franchise: produit de préparation à la coloscopie (entre 25 et 50 CHF); consultation chez le médecin de famille si le FIT est positif et que celui-ci doit revoir son patient et prescrire une coloscopie.

Lorsque la coloscopie ne révèle rien d’anormal, faut-il poursuivre les tests de dépistage tous les deux ans?
Non, lorsque la coloscopie est normale, le prochain contrôle se fera 10 ans plus tard. Bien sûr, si la personne devait avoir des symptômes dans l’intervalle, il est nécessaire de consulter.

Pour toute information complémentaire 

Dre Béatrice Arzel, directrice de la Fondation genevoise pour le dépistage du cancer
Le site Internet du programme cantonal sur : depistage-ge.ch
Pof Jacques-André Romand, médecin cantonal, direction générale de la santé, DSES 

Image: Arvin Chingcuangco et Drew Hays

 

 

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