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Interview Claire May, libre dans son texte

En 2018, à tout juste 27 ans, Claire May, aujourd’hui diplômée en médecine, publiait son premier roman Oostduinkerke aux éditions de l’Aire. Lauréat en 2019 du prix littéraire SPG, cet ouvrage ne répond à aucun diktat littéraire, mais plutôt à un désir d’écriture libre et intuitif. Un goût pour l’authenticité qui n’empêche en rien, bien au contraire, une écriture incroyablement mature et soignée. Interview avec la plus affranchie des jeunes écrivaines suisses.

Immorama : D’où vous vient ce fort attrait pour la littérature et finalement l’écriture ?
Claire May : Je pense que c’est à l’adolescence que le miracle s’est produit. Je me posais beaucoup de questions sur mon orientation professionnelle et puis la lecture de Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir fut une forme de révélation ; ainsi la littérature me devenait nécessaire. Concernant l’écriture, l’entrée en matière était beaucoup plus ludique. Dans ce temps estudiantin, je me suis demandé comment occuper ce temps. J’ai pensé que commencer à écrire des nouvelles serait une belle activité, la mayonnaise a pris et j’ai participé à un certain nombre de concours. Je suis finalement arrivée au roman pour ne plus être contrainte par le cadre de la nouvelle, souvent avec un thème et une longueur imposée. J’avais envie d’écrire quelque chose de plus libre et cela a abouti à Oostduinkerke.

L’écriture est-elle pour vous une sorte d’exutoire ou plutôt une récréation ?
Je ne fais pas partie de ces gens torturés par le travail d’écriture, si c’était ainsi je n’écrirais pas. J’ai envie d’avoir un rapport agréable et assez libre à l’écriture. Je n’ai pas peur de la mettre de côté si la période ne s’y prête pas ; je la considère comme un allié avant tout. L’écriture d’Oostduinkerke était plutôt liée à ma période estudiantine pendant laquelle, étant en stage, j’avais des temps d’observation et de liberté intérieure. Maintenant elle a un statut différent parce que ma vie s’est modifiée. Je ne suis plus étudiante, je suis médecin et je n’ai plus ces périodes de liberté. Le temps s’est réduit.

Quels sont les traits de caractère de votre héroïne Emma qui pourraient être les vôtres ?
Les travers d’Emma me ressemblent (rires), ceux-là mêmes que je voudrais combattre. C’est un personnage qui a quelque chose d’irritant dans son individualisme, dans le fait de se questionner sur soi, mais sans intégrer l’environnement alentour. Il y a une forme de désengagement chez elle qui est regrettable. Mais elle va devoir apprendre au fil du livre à créer des attaches plus larges, plus collectives et reliées à l’Histoire grâce au personnage de Charles. Emma est suisse et a vécu en Suisse, elle a cette impression de protection vis-à-vis du monde, d’en être loin, ce que quelquefois je peux ressentir. J’aurais aimé rencontrer quelqu’un comme Charles qui secoue ce penchant !

Comment avez-vous vécu la remise du prix littéraire SPG ?
J’étais assez impressionnée parce que nous sommes beaucoup à écrire, ça foisonne et tant mieux ! Mon livre est sorti en août 2018 et de voir qu’il était encore là au printemps et qu’on pouvait encore lui porter de l’intérêt ça ma touchée. Je suis très reconnaissante à la SPG pour ce prix parce que je suis un outsider !

Vous écrivez un autre roman en ce moment ?
Oostduinkerke répondait à une certaine nécessité, celle d’écrire quelque chose pour moi avant tout. C’est en cela une écriture assez intuitive. Il n’y a pas eu de travail de réécriture important. Il me tenait à cœur que ce texte soit très brut, avec ses erreurs de premier roman. L’éditeur a tout à fait respecté ça. Je ne suis pas actuellement habitée par cet élan, donc comme pour moi l’écriture doit être instinctive, j’attends que cette impulsion revienne.

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