Les vertus de l’échec

Échouer. Rater. Capoter. Voilà des mots désagréables qui peuvent marquer durablement une carrière ou entamer douloureusement l’estime de soi. Dans de nom-breuses sociétés, l’échec est perçu comme une déroute personnelle qui voue celui ou celle qui le subit aux pires gémonies. Sauf aux États-Unis où, depuis toujours, il est établi dans les mentalités que le fiasco est inhérent à l’apprentissage de la vie. Que dans le fond ce n’est pas la chute qui compte, mais le rebond, une fois touché le sol.
Si, justement on voyait plutôt l’échec comme une étape vers la réussite ? Si, comme dans les arts martiaux où on vous apprend que pour terrasser l’adversaire il faut savoir utiliser sa puissance, on absorbait le choc du flop pour se renforcer ?
Dans un petit livre éclairant et réconfortant publié en 2018 et intitulé Les vertus de l’échec, le philosophe Charles Pépin dresse la liste des personnalités ayant réussi à surmonter les affres de leur déconfiture : de l’empereur Marc Aurèle, profondément stoïque face à la guigne, à J. K. Rowling qui essuya les refus d’innombrables éditeurs avant d’en trouver un qui sut déceler le fantastique potentiel d’Harry Potter. On connaît la suite de l’histoire. Le philosophe insiste ainsi sur le fait que le succès vient rarement sans accroc. Et que l’épreuve de l’échec, parce qu’elle nous confronte au réel, peut nous rendre plus combatif et plus lucide sur nous-mêmes et nos inamovibles certitudes. « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme », disait Winston Churchill. Tomber, se relever, tomber encore, et toujours recommencer. Car qu’importe la défaite, la victoire se trouve au bout du chemin.