L’air et la matière

La Fondation Beyeler consacre la première rétrospective européenne de l’œuvre de Ruth Asawa dont les délicates dentelles en fil métallique semblent sculpter le vide.

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Photo: Nat Farbman/The LIFE Picture Collection/Shutterstock Artwork © 2025 Ruth Asawa Lanier, Inc., Courtesy David Zwirner
Ruth Asawa photographiée en novembre 1954 au milieu de ses sculptures.

C’est une œuvre qui commence là où la matière semble disparaître. Un fil de métal se boucle, se noue, se déploie jusqu’à former des volumes suspendus en forme de bulbes, de cocons, d’architectures organiques dont on ne sait plus s’ils occupent l’espace ou s’ils le découpent.

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© 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc., courtesy David Zwirner
Photo: Dan Bradica
Sans titre (S.089, Hanging Asymmetrical Twelve Interlocking Bubbles), 1957.

Cet automne, la Fondation Beyeler, qui vient d’inaugurer sa nouvelle extension conçue par Peter Zumthor, consacre à l’artiste américano-japonaise Ruth Asawa sa première rétrospective européenne. Née en Californie en 1926, internée avec sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale, elle étudie les beaux-arts au Black Mountain College, laboratoire de l’avant-garde américaine, auprès notamment du peintre Josef Albers.

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© 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc., courtesy David Zwirner
Sans titre (BMC.83, Dogwood Leaves), 1948-1949.

Mais son travail se laisse mal enfermer dans les catégories héroïques du modernisme, préférant à la masse le vide, au monument la fragilité. Ses sculptures en fil métallique sont parfaitement présentes et presque immatérielles. La lumière les traverse, leur ombre les prolonge, le dedans et le dehors s’y confondent.

Beauté étrange

C’est là que réside leur radicalité. L’artiste ne modèle pas seulement une forme, elle dessine dans l’air. La ligne quitte la feuille pour devenir structure, enveloppe, membrane. Et avec elle vacillent quelques vieilles hiérarchies : entre art et artisanat, sculpture et dessin, travail domestique et pratique savante. Des distinctions auxquelles le XXe siècle, surtout lorsqu’il s’agissait du travail des femmes, s’est longtemps montré très attaché. La rétrospective bâloise permet d’élargir le regard, l’œuvre de Ruth Asawa ne se résumant pas à ses célèbres sculptures suspendues.

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© 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc., courtesy David Zwirner
Photo: Laurence Cuneo
Sans titre (S.161, Hanging Two- Sectioned, Reversible Open- Window Form), 1998.
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© 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc., courtesy David Zwirner
Photo: David Zwirner Gallery
Sans titre (S.407, Hanging Five-Lobed Continuous Form within a Form with Spheres in the Second and Third Lobes), 1952.

Dessins, gravures, bronzes et œuvres publiques témoignent d’une pratique où la même économie de moyens produit une étonnante densité visuelle. Rien n’est démonstratif chez elle. Tout procède du geste, du rythme et de la répétition. Le visiteur le constate : soixante ans plus tard, ses formes n’ont rien perdu de leur étrangeté. Elles semblent même curieusement contemporaines. Ni tout à fait objets, ni tout à fait images, elles sont des présences flottantes qui font du vide non plus une absence, mais une matière.

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© 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc., courtesy David Zwirner Photo: Sibila Savage, © 2015 Sibila Savage Photography
Sans titre (S.573, Hanging Five-Lobed, Multi-Layered Form with One Hyperbolic Form Interlocking with Two Half-Hyperbolic Forms, Two Concave Forms at the Bottom, and One Convex Open Form at the Second Lobe), 1954.
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© 2026 Ruth Asawa Lanier, Inc., courtesy David Zwirner
Photo: David Zwirner Gallery
Sans titre (S.030, Hanging Eight Separate Cones Suspended through Their Centers), 1952.
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Culture Patrimoine