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L’interdisciplinarité au service de la cité

Dix ans déjà que le prix SPG/HEPIA pose un regard différent sur la cité de Calvin. Après la voie verte, l’ancien réseau des nants ou les seuils de parc, les étudiants devaient s’emparer du thème du « micro-monde » et le mettre à l’épreuve de la ville.

C’est sur le rooftop de l’immeuble de la SPG que les résultats du Concours d’idées paysages urbains — révéler et imaginer — ont été annoncés le 25 juin 2019. « Le but du concours est d’exercer son regard sur la ville, d’identifier un espace qui mérite une intervention et une plus-value qualitative », rappelait Thierry Barbier- Mueller, administrateur délégué de la SPG. Patrick Blanc, célèbre botaniste et inventeur du concept du « mur végétal », présent pour l’événement, a rappelé l’importance de végétaliser la ville.

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Olga Kokcharova et Bastien Pillet, heureux lauréats du 10e prix SPG/HEPIA, savourent leur victoire sur le rooftop de la SPG.

Voilà donc dix ans que les étudiants de l’HEPIA se prêtent au jeu et élaborent des projets en s’appuyant sur leurs compétences d’architectes et d’architectes paysagers. Avant de divulguer le palmarès 2018-19, Thierry Barbier-Mueller, administrateur délégué de la SPG, a rappelé en substance combien « l’interdisciplinarité nourrit la réflexion ». Cette année, la quinzaine de participants devait s’inspirer du thème : « les micro-mondes ». Une invitation à exprimer ses ressentis, ses émotions face à l’espace public et formuler son rêve pour la ville. Réunis en trios, associant deux architectes et un paysagiste, ces jeunes ont eu un semestre pour identifier un lieu, travailler sur son histoire, s’imprégner du quartier en questionnant ses habitants avant de livrer leur projet. « Choisir son lieu d’intervention est une formidable opportunité, mais chaque groupe doit démontrer comment il est pertinent d’intervenir précisément ici et comment cela résonne avec les rêves de chacun », rappelle Didier Chaland, professeur à la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture.

Architectes et architectes paysagistes se sont trouvé un langage commun

C’est le projet « La place des Ami.e.s », à l’arrière de la gare Cornavin conçu par Shanice Aka-Adjo, Olga Kokcharova et Bastien Pillet qui a remporté le 1er prix. « Je suis à la fois étonnée et ravie par ce prix, s’enthousiasme Olga, l’architecte paysagiste. Nous avons choisi un lieu à proximité de la gare en surélévation. C’est une vraie invitation au voyage grâce au contact visuel avec les trains et le Salève en arrière-plan. Et puis, ce lieu reprenait nos trois micro-mondes pourtant très différents », raconte Olga. « Nous avons imaginé deux zones distinctes, explique Bastien, l’une constituée d’une passerelle en bois alignée le long des quais et profitant de l’exposition ensoleillée, sur laquelle les gens pour-raient venir se reposer ou discuter en attendant leur train ; la seconde, plus en retrait et à l’ombre, serait une sorte d’arrière- jardin arborisé sur lequel une végétation spontanée pourrait s’exprimer. »

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1er prix La place des Ami.e.s, Shanice Aka-Adjo, Olga Kokcharova et Bastien Pillet.

Le 2e prix est revenu au trio Mathieu Cerda, Catia Da Cunha Pedro et Mélissa Naert pour leur « Dichotomie végétale ». « Nous avons très vite été attirés par la terrasse Agrippa d’Aubigné, derrière la cathédrale Saint-Pierre, pour son caractère historique, mais aussi pour son côté magique. Actuellement, c’est un lieu de passage un peu triste avec ses marronniers et son gravier au sol. Pour que les gens s’y posent, nous l’avons transformé en un lieu frais, très végétalisé et arborisé, dans l’esprit de « Nature en ville » déjà bien implanté à Genève, explique Mathieu. Créer différents milieux, avec une grande diversité de plantes, même spontanées, nous permet aussi d’apporter de la biodiversité à ce grand parc ajoute Mélissa, l’architecte paysager.

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2e prix Dichotomie végétale, Mélissa Naert, Mathieu Cerda et Catia Da Cunha Pedro.

Enfin, le projet réalisé par Damien Cuevas, Elise Corsetti et Lucas Peyronel s’est vu attribué le 3e prix pour sa « Constellation », réinterprétation de la promenade entre les quartiers Saint-Jean et Charmilles. « Nous nous sommes amusés à donner un petit côté romantique à cette couverture en installant des potagers urbains pour créer des espaces communs, des petits cabanons reprenant l’esprit des jardins familiaux ou en transformant les garages en orangeries. Puis nous avons travaillé sur la transversalité en modifiant la couverture végétale que l’on trouvait trop linéaire », explique Elise Corsetti. « Ces modifications, notamment végétales, ont permis de créer de nombreux liens entre les deux quartiers. » En récompense de leur participation, les étudiants ont pu profiter, le temps d’un week-end, d’un voyage à Marseille. L’occasion pour eux de découvrir le réaménagement des quais, le Mucem et sa passerelle J4 reliant au musée au fort Saint-Jean…

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3e prix Constellation, Lucas Peyronel, Élisa Corsetti et Damien Cuevas.

Pour Didier Challand, « ce concours est une formidable occasion pour nos étudiants de défendre et soutenir un projet d’école devant un jury professionnel et dans une configuration qui s’apparente à une situation professionnelle. »

Le jury, composé de professionnels de la branche, a souligné la qualité des travaux fournis, tout en avouant sa difficulté à établir le palmarès. « Ce qui a fait la différence, c’est la cohérence de l’ensemble, explique Guy Nicollier, membre du jury et expert architecte (pont 12). Il y avait de nombreux éléments à analyser, mais c’est la première fois que je vois cinq projets avec un tel potentiel de réalisme. »

En guise de conclusion, Claude Zuber, professeur responsable au sein de l’HEPIA, souhaite qu’à l’avenir un premier prix soit concrétisé, histoire de montrer l’efficience du processus jusqu’à sa réalisation.