Les premiers cargos électriques arrivent !

Par Sonia Johnson N°43 - Automne 2018

Les architectes ont terminé les deux modèles des bateaux Port-Liner, prochainement en construction. L’objectif est ambitieux, ce sont des millions de trajets polluants en moins prévus sur les routes maritimes d’Europe.

Le plastique pollue les mers, tout comme le transport mondial de marchandises. Malheureusement, ce secteur a été à peine couvert en 2015 par l’Accord de Paris sur le climat lors de la 21e COP21. Ce n’est qu’au mois d’avril dernier que 173 pays, tous membres de l’OMI (l’Organisation maritime internationale), se sont mis d’accord pour réduire, avant 2030, au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre (à la tonne par kilomètre). 70 % étant l’objectif à atteindre d’ici à 2050.

Une avancée écologique
« D’ici à une quinzaine d’années, tous les nouveaux navires devront être zéro émission ou presque, ce qui marque une vraie rupture », a déclaré Nicolas Hulot, l’ex-ministre français de la Transition écologique. En prévision de cette avancée et depuis plusieurs mois déjà, la société néerlandaise Port-Liner élabore le premier cargo européen électrique. Les plans des navires de marchandises conçus par le cabinet Omega Architects sont des promesses pour le secteur. Ne les appelez pas les bateaux Tesla, « une invention de journalistes », se moque gentiment Lars van Meegen, responsable commercial de Port-Liner. L’entreprise familiale Van Meegen est active dans la logistique du transport maritime, l’exploitation et la construction de bateaux cargos depuis 1991. Entouré de ses deux fils, Lars et Max, Ton van Meegen, ancien capitaine, pour qui « le passé est une zone de référence et non une zone de résidence », compte bien dynamiser la navigation industrielle vers une transformation écologique. « Nous avons déjà passé des accords avec les ports d’Amsterdam, Rotterdam et Anvers, dans lesquels nos bateaux seront accueillis », explique l’homme d’affaires. Les représentants de ces trois ports sont en effet enthousiastes face à cette avancée écologique. En plus de la subvention de 7 millions d’euros accordée par l’Union européenne, le port d’Anvers a versé une aide estimée à 200 000 euros pour la construction de barges hybrides. Les bateaux Port-Liner participent à l’ambition d’une énergie plus verte pour les cargos de navigation intérieure, au nombre de 7 300, selon Ton van Meegen.

Les paquebots de marchandises du XXIe siècle
D’un port à l’autre, les bateaux ne disperseront aucune émission de CO2, tout en assurant une capacité totale de chargement – jusqu’à 280 conteneurs de 20 pieds – 8 % supérieure à celle des porte-conteneurs classiques. La timonerie, installée en hauteur, est accessible grâce à de larges escaliers. Pouvant se retourner et effectuer un angle de presque 90°, elle est totalement ajustable, ce qui permet au capitaine une visibilité au-dessus de 300 mètres de cargaison (cinq niveaux de conteneurs). Le cabinet Omega a également élaboré l’arrière du bateau, loin des traditionnelles salles des machines. Sous la passerelle, des boîtiers d’alimentation contenant quatre grosses batteries rechargeables fournissent une source d’énergie de 1,68 MWh, pouvant probablement progresser à 5 MWh grâce aux futures technologies. Une fois à quai, elles seront acheminées en camion ou en bateau vers un terminal portuaire, disposant d’une station d’énergie éolienne, hydraulique, solaire ou source d’hydrogène (H20). Un système de rechargement à l’accostage est en cours d’élaboration. L’équipage trouve aussi plus de confort dans les cargos Port-Liner puisqu’ils disposent d’un espace équivalant à un appartement duplex, moderne et entièrement équipé.

La navigation verte existe déjà à Amsterdam
Aux Pays-Bas, les croisières sur les canaux ont démarré en 1912 et aujourd’hui, 25 bateaux de croisières sont déjà électriques. « La ville d’Amsterdam a accordé les permis pour les bateaux électriques en 2006 », explique Jan Cramer, l’un des premiers entrepreneurs néerlandais sur ce marché. « J’ai maintenant quatre bateaux électriques circulant sur les canaux, avec une autonomie de dix à quinze heures en vitesse normale. » L’innovation verte sur les transports de passagers est-elle confirmée autant que celle des marchandises ? « Oui », nous affirme Lars van Meegen, « nos premiers bateaux circuleront entre janvier et mars 2019 ». À long terme, Port-Liner espère aussi aider d’autres pays à naviguer sur l’eau sans pollution. Les cargos seront commercialisés internationalement, après de nombreux trajets entre Amsterdam, Rotterdam et Anvers.

SONIA JOHNSON