L’Italie, fragile championne du monde du solaire

Par Olivier Cougard N°40 - Printemps 2017

L’Italie couvre 8% de ses besoins énergétiques grâce à l’énergie solaire. Un record mondial. Mais elle pourrait bientôt perdre sa première place après la baisse des subventions accordées au photovoltaïque.

Sur les hauteurs de Monte di Eboli, les panneaux solaires s’étendent à perte de vue, caressés par la brise du golfe de Salerne. Cette immense étendue bleue produit une quantité impressionnante d’énergie verte : 33 millions de kilowatts-heure chaque année, l’équivalent des besoins annuels de plus de 7000 familles de quatre personnes. « Ce site a été choisi, car il bénéficie d’un ensoleillement important et le vent constant permet de refroidir les panneaux solaires, ce qui augmente leur rendement », explique Giancarlo Savino, Energy Manager de la ville de Salerne.

Salerne, la ville soleil

Depuis la mise en service de ce parc photovoltaïque en 2011, Salerne caracole en tête du classement des villes italiennes alimentées par le soleil. « Les besoins en électricité des bâtiments publics sont entièrement couverts par l’énergie solaire, et nous arrivons même à dégager chaque année un surplus », se félicite Giancarlo Savino. Écoles, salles de sport, centres de recyclage, les édifices municipaux profitent d’un ensoleillement exceptionnel : près de 2500 heures par an dans le sud de l’Italie. La ville de Salerne économise ainsi chaque année plus de 7000 tonnes d’équivalent pétrole et évite l’émission de 16 millions de kg de CO2. Cet appétit pour le photovoltaïque n’est pas un cas isolé en Italie et ne doit rien au hasard.

Un secteur dopé par les subventions publiques

Après les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, l’Italie a voté un moratoire sur la construction de nouvelles centrales avant de rejeter massivement par référendum la reprise du programme nucléaire. Les différents gouvernements misent alors sur le renouvelable et notamment le solaire. Les généreuses incitations fiscales déclenchent un engouement immédiat : « Entre 2008 et 2013, l’Italie a augmenté sa production d’énergie renouvelable de plus de 45 milliards de kilowatts-heure. Cette puissance correspond au rendement de quatre centrales nucléaires de type EPR », détaille Giuseppe Onufrio, directeur exécutif de Greenpeace Italie. Une croissance artificiellement dopée par les fonds publics. « En Allemagne, les incitations fiscales étaient révisées tous les trois mois, pour tenir compte de l’évolution permanente des progrès technologiques dans le solaire. Cela n’a pas été le cas en Italie, les subventions sont devenues inadaptées à la réalité du marché », déplore Greenpeace. Résultat, la « bulle solaire » a éclaté lorsque les aides ont diminué.

Baisse spectaculaire des nouvelles installations

D’après un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie, la puissance tirée des nouveaux panneaux photovoltaïques installés en 2015 en Italie (300 mégawatts) a été 30 fois inférieure au record de 2011 (9,3 gigawatts, cf. rapport 2015 Snapshot of global photovoltaic markets sur www.iea.org). Avec 8% de ses besoins énergétiques couverts par le solaire, l’Italie reste encore en tête du classement mondial devant la Grèce (7,4%) et l’Allemagne (7,1%). Mais les dernières décisions prises par le gouvernement italien sur le renouvelable font débat.

Filière menacée ?

Ces généreuses subventions publiques ont notamment été financées par une légère augmentation de la facture d’électricité des PME. Pour alléger ce coût, l’exécutif italien a voté le décret Spalma Incentivi. Il entraîne une baisse rétroactive des subventions accordées par l’État pour les installations photovoltaïques d’une puissance supérieure à 200 kilowatts. Les opérateurs du secteur ont saisi la Cour constitutionnelle pour faire abroger cette loi. Mais les juges ont confirmé en décembre la légalité du décret. Un coup dur pour les spécialistes du secteur, qui redoutent désormais une chute des investissements et la mise en péril de la filière solaire en Italie.