Meirama, une reconversion réussie

Par Henry de Laguérie N°40 - Printemps 2017

Bordé d’eucalyptus, de pins et d’acacias, le lac de Meirama est un havre de paix situé en plein coeur de la campagne humide et verdoyante de Galice. Pourtant, la sérénité que dégage le site n’a rien d’une évidence : pendant plus de trente ans, les habitants de la région ont dû supporter le bruit des camions et des machines dans ce qui était en réalité une mine de charbon à ciel ouvert.

« Jusqu’en 2008, à la place de ce lac, il y avait une exploitation de lignite, explique Roberto Arias, sous-directeur de Augas de Galicia, l’établissement public des eaux de la région. Il faut imaginer un paysage lunaire, gris et très bruyant… » Exploitée à partir de 1980, la mine de Meirama a atteint jusqu’à 250 mètres de profondeur. Elle alimentait en charbon une centrale thermique voisine. Au moment de sa fermeture en 2008, l’entreprise exploitante, Gas Natural, décide de reconvertir la mine en un lac artificiel. « Cette technique de réhabilitation, fréquente en Allemagne, est la moins coûteuse et la plus respectueuse de l’environnement », précise Roberto Arias. Après des travaux d’imperméabilisation du sol, l’immense cuvette s’est remplie naturellement d’eau. L’ancien gisement aurait pu en rester là, mais c’était compter sans l’ingénieuse idée de la région. « Nous nous sommes rendu compte que l’eau était de très bonne qualité et nous avons donc décidé de faire de ce lac artificiel une immense réserve d’eau potable pour La Corogne et ses alentours », explique l’ingénieur. Lorsque le chantier sera terminé d’ici à trois ans, l’eau alimentera un barrage existant situé dans la même vallée et arrivera ensuite chez les 450 000 habitants de La Corogne. L’eau passera du lac au barrage par un canal souterrain de 1500 mètres, construit à 5 mètres sous terre.

Un exemple réussi

La Galice n’est pas la région la moins humide d’Espagne et pourtant, à cause du changement climatique, ses réserves en eau ne sont pas assurées à moyen terme. « Cet été, nous avons eu très peu de pluie », rappelle Roberto Arias. Grâce à ce projet unique en Europe, La Corogne va doubler ses réserves en eau, sans devoir se lancer dans des travaux pharaoniques. « Le tunnel entre le lac et le barrage va coûter 10 millions d’euros à la région. Ce n’est pas énorme si on compare ce montant à celui de la construction d’un deuxième barrage, dont l’impact sur l’environnement aurait été bien plus important. » À La Corogne, le projet a suscité au départ quelques réticences et il a fallu convaincre les habitants : l’eau fait donc l’objet d’un contrôle très minutieux. « Nous avons réalisé près de 500 000 prélèvements, en collaboration avec un laboratoire de recherche de l’Université de La Corogne. Il s’agit du lac le plus contrôlé et le plus étudié de toute l’Europe », explique Roberto Gonzalez Philippon, responsable du projet de reconversion chez Gas Natural. Pour cet ingénieur, le lac de Meirama montre par l’exemple comment la reconversion d’une mine peut apporter de la valeur et se transformer en un projet respectueux de l’environnement tout en apportant une solution au réchauffement climatique. Au-delà de sa fonction première de réserve d’eau potable, le lac et le parc, qui a été reboisé, pourront également accueillir des activités de loisirs : une plage sera créée et des courses d’aviron pourraient voir le jour sur le lac.

Faire école

Le projet galicien intéresse de près plusieurs pays à l’étranger. « L’Afrique du Sud, qui possède de nombreuses mines épuisées et connaît des problèmes d’approvisionnement d’eau, aimerait importer cette méthode de reconversion », affirme l’ingénieur de Gas Natural. Des mines aux États-Unis pourraient également s’en inspirer. Cette reconnaissance à l’international témoigne de la réussite de cette méthode galicienne de reconversion. Roberto Gonzalez espère en tout cas faire changer les mentalités : « L’exploitation minière n’a pas bonne réputation, mais avec un tel projet, j’espère qu’on pourra donner une autre image de notre activité. On peut convertir une menace – une carrière de charbon à ciel ouvert – en une opportunité : un espace naturel porteur d’une solution durable pour l’approvisionnement en eau potable. »