La Coulée verte de Paris, une source d’inspiration

Par Julie Chaizemartin N°40 - Printemps 2017

4,5 km. Une petite heure à pied. À Paris, la Coulée verte René Dumont porte bien son nom, ou plutôt celui du premier candidat écologiste à se présenter à l’élection présidentielle française en 1974.

Tout un symbole pour cette promenade plantée souvent citée comme un modèle de réussite en termes de réaménagement du territoire et d’espace public paysager. Sur ce chemin enveloppé par la végétation, le promeneur parisien ne voit ni n’entend plus aucune voiture. Mieux, il croit presque respirer un air pur et il se délecte du roulis des vélos, des voix d’enfants, du chuchotement des amoureux et du passage des skates et des rollers. Une qualité de vie trop rare à Paris, capitale qui manque cruellement d’espaces verts et souffre de la forte densité de sa population. Cet aménagement urbain pourrait dater des années 2000 tant on voit fleurir ce genre de projets dans le monde, l’exemple le plus remarquable étant la High Line de Manhattan à New York construite en 2009. L’américaine ne cache d’ailleurs pas son emprunt direct à l’élégante parisienne. Construite bien avant, entre 1988 et 1993 par un architecte et un paysagiste, Philippe Mathieux et Jacques Vergely, sur l’ancienne voie de chemin de fer désaffectée de la ligne de Vincennes (en service jusqu’en 1969) qui reliait autrefois la place de la Bastille à la banlieue de l’Est parisien, la Coulée verte est une initiative inédite à l’époque. Elle a pour but d’intégrer la végétation spontanée qui avait fini par envahir les rails afin de valoriser un espace laissé à l’abandon par les pouvoirs publics et les compagnies de chemins de fer.

Les corridors verts

Aujourd’hui, de la place de la Bastille au quartier Picpus, la Coulée verte traverse des squares et des jardins spécialement créés pour l’agrémenter, formant ainsi une liaison végétale entre différents éléments urbains. Massifs fleuris, espèces d’arbres et de plantes variées, pergolas, sentiers et bassins dessinent un environnement propice à la faune et à la flore. La Coulée verte parisienne, pionnière en la matière, a fait des émules parmi d’autres grandes villes du monde, une des dernières en date étant Londres, qui réfléchit aussi à requalifier de vieilles voies ferrées suspendues. Il s’agit de repenser les villes en intégrant le jardin à l’urbain. Dans le cas de Paris et New York, la bouffée d’air vient aussi du fait que ces promenades sont en partie situées en hauteur sur un ancien viaduc ferroviaire, ce qui permet une symbiose entre nature et architecture urbaine. En exemple beaucoup plus récent, la ville d’Atlanta aux États-Unis, qui veut en finir avec le tout-voiture, vient de lancer le projet BeltLine qui consiste en la réhabilitation d’une trentaine de kilomètres occupés par d’anciennes voies ferrées inutilisées autour de la ville. Depuis plusieurs années, Paris aussi aimerait réutiliser sa Petite Ceinture où circulaient jadis les locomotives à vapeur. Mais un accord viable entre l’État et Réseau Ferré de France, toujours propriétaire de ces espaces, est difficile à trouver. La végétation sauvage a transformé cette friche urbaine en réservoir pour la biodiversité. Les habitants ont réussi à s’en approprier certaines parties pour en faire des jardins partagés, des sentiers nature ou de petites fermes de ville. Les idées sont là, mais les concrétiser de manière durable n’est pas encore à l’ordre du jour.

Un mariage avec l’art

Dans le cas de la Coulée verte, sa création a permis le développement de l’avenue qui la borde. Sous les larges voûtes du viaduc, appelé Le Viaduc des Arts, l’installation d’ateliers et de boutiques de maîtres d’art, d’artisans et de designers confère une identité incomparable au lieu, correspondant à l’esprit et à l’histoire de Paris. Une alliance vertueuse de l’art, de l’architecture et de la nature en faveur de la revitalisation environnementale et économique du quartier, devenu de ce fait très attractif. Les corridors verts urbains deviennent ainsi fertiles au sens large pour que le citoyen puisse réinvestir la ville autrement.