Des casques bleus au service du patrimoine culturel

Par Julie Chaizemartin N°40 - Printemps 2017

Comment sauver notre patrimoine culturel mondial ? Après l’urgence humanitaire engendrée par les guerres qui se déroulent dans plusieurs régions du monde, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique, la question de la sauvegarde des sites culturels, dont beaucoup sont classés à l’Unesco, est désormais cruciale pour la communauté internationale. Ce nettoyage culturel est devenu une des premières préoccupations de notre civilisation de ce début de XXIème siècle.

En octobre 2015, sous l’impulsion du ministre italien de la Culture, Dario Franceschini, l’idée de la création de « casques bleus de la culture » entièrement voués à la protection des sites du patrimoine culturel mondial menacés par le feu des guerres ou par les catastrophes naturelles, avait été accueillie avec enthousiasme par les pays membres de l’Unesco. Quatre mois plus tard, le 16 février 2016, cette piste devenait réalité par la signature d’un accord entre l’Unesco et le ministre des Affaires étrangères italien, Paolo Gentiloni, entérinant la création d’une force opérationnelle d’urgence pour la culture dans le cadre de la Coalition mondiale de l’Unesco « Unis pour le patrimoine ». À cette occasion, la directrice générale de l’organisation, Irina Bokova, déclarait que « la mise en place d’une force opérationnelle réunissant des experts du patrimoine culturel et du corps des carabiniers italiens spécialisés dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels permettra de renforcer notre capacité à répondre aux situations d’urgence à venir ».

L’Italie en tête

Mais quelle peut être la réelle stratégie opérationnelle d’une telle force capable de braver tous les dangers ? La réponse n’est pas si simple. L’Unesco a donc préféré se tourner vers l’Italie, seul pays qui a déjà mis en place, pour son patrimoine national, des expéditions à la fois militaires et scientifiques, formées spécialement à la protection patrimoniale comme lors du récent tremblement de terre qui a ravagé la ville d’Amatrice et sa région, près de Rome, en août 2016. Les nouveaux « casques bleus culturels » italiens, constitués d’une trentaine d’experts civils (archéologues, historiens, ethnologues, architectes…) et d’une trentaine de carabiniers, seront notamment chargés d’évaluer les risques et de quantifier les dommages causés au patrimoine culturel, d’adopter des mesures urgentes, d’organiser des cours de formation pour le personnel local, de soutenir le transport d’objets dans des endroits sûrs et de renforcer la lutte contre le pillage et le trafic illicite. Le gouvernement italien a également créé un centre de formation à Turin pour ces futurs « Monuments Mens ». L’idée est évidemment de pouvoir protéger les sites menacés les plus importants, les casques bleus culturels devant pouvoir les défendre avant qu’ils ne soient détruits. Cependant, l’envoi d’experts civils en zone de conflit n’est pas encore à l’ordre du jour, l’option restant dans l’attente d’une stratégie mieux définie. Pourtant, le terme de « casques bleus » implique bien que la mission de maintien de la paix soit corrélée à celle de la préservation du patrimoine, celle-ci étant un des vecteurs fondamentaux de la reconnaissance de l’identité d’un peuple et de son désir de reconstruction. « Aujourd’hui, nous devons coopérer et unir nos forces pour condamner cette violence et travailler ensemble pour préserver notre patrimoine culturel, qui appartient à toutes les nations », a déclaré, lors d’une conférence de l’Unesco en juin 2015 à l’Académie royale des Flandres, le Père Najeeb Michael, le prêtre dominicain qui a aidé à sauver des mains de Daesh des manuscrits séculaires à Mossoul (Iraq). L’idée est bien celle-ci, faire des casques bleus culturels les garants d’une action internationale pour la protection du patrimoine, encore faut-il qu’ils soient dotés de moyens performants et que d’autres pays emboîtent rapidement le pas à l’Italie.