BCorp, le label qui monte, qui monte…

Par Nathalie Beaudoin-Pasquier N°43 - Automne 2018

Importé des États-Unis, le label BCorp séduit les entrepreneurs suisses avec un message : « Ne plus être les meilleurs DU monde, mais être meilleurs POUR le monde. »

« Nous vivons à une époque où l’on ne peut plus faire l’impasse sur notre impact » explique Benoît Greindl, cofondateur du service hôtelier Montagne Alternative. L’entreprise valaisanne est la toute première en Suisse à avoir obtenu la certification. « L’approche Bcorp existait déjà dans l’ADN de notre entreprise basée sur les principes d’une économie régénératrice, mais la certification a permis de renforcer nos valeurs tout en nous inscrivant dans une économie plus responsable », précise l’entrepreneur. Fondés en 2006, BCorp et l’ONG indépendante B-Lab, qui gère la certification, ont l’intention de faire évoluer le capitalisme. Le label authentifie les entreprises qui se fixent des objectifs extra-financiers, sociaux et environnementaux, et qui répondent à des critères exigeants en matière de comptabilité et de transparence.
À ce jour, la communauté BCorp regroupe plus de 2614 entreprises à travers 60 pays. Jonathan Normand, fondateur de la société genevoise de conseils durables Codethic, est le représentant du label en Suisse. « Depuis la création de mon entreprise en 2009, et un an plus tard la publication des lignes directrices de l’ISO 26000 définissant la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), je cherchais à mettre en place une certification globale visant à incorporer de bonnes pratiques dans l’entreprise. En 2013, je me suis rendu compte qu’il fallait aller encore plus loin. J’ai donc pris contact avec B-lab aux États-Unis et leur ai proposé le matériel, les indicateurs, les objectifs que l’on avait déjà développés afin d’affiner l’outil d’évaluation. De cette coopération naîtront une antenne européenne, le HUB Amsterdam, et un réseau de 15 nouveaux pays dont la Suisse, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, prêts à valider la certification. En janvier 2018, le programme Best Geneva est lancé avec le soutien du canton de Genève pour mesurer l’impact global des entreprises genevoises sur la société durant une année. Une étude qui devrait leur permettre de mieux répondre aux objectifs du développement durable définis par les Nations Unies.

L’innovation sociale
Loyco, société genevoise spécialisée dans l’outsourcing administratif, a adopté une gouvernance basée sur l’intelligence collective. L’entreprise a également libéré ses employés du dress code, encourage le travail à domicile et le temps partiel, met à disposition des véhicules électriques ou de façon plus anodine invite au tutoiement. « Le label pousse chacun à aller toujours plus loin. Nous avons proposé à nos collaborateurs une participation au capital et nous dirigeons vers une organisation ‹ holocratique ›, qui abandonne la version pyramidale pour un modèle plus démocratique… Nous avons aussi un engagement de ‹ lucrativité limitée ›, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas faire de l’argent bien évidemment, mais nos facteurs de décision vont être avant tout orientés vers le bonheur de nos collaborateurs avant le profit », précise Grégory Chollet directeur marketing et qualité de Loyco.

Un label exigeant
Pour savoir si l’on fait partie de ces nouvelles entreprises « holistiques », il suffit de se rendre sur le site de BCorp Europe, et de mesurer l’impact de son entreprise sur la société grâce à l’outil d’évaluation développé par B-lab. « Le grand atout de ce ‹ self assessment ›, c’est la simplicité de la démarche. Le nombre de points recueillis vient mesurer l’engagement de l’entreprise, c’est un bon radar qui a encore le mérite d’être totalement transparent ! Chacun peut vérifier les notes obtenues par les entreprises sur le site de B-Lab », explique Grégory Chollet. Après le questionnaire, place aux vérifications des données par le référent suisse puis par B-Lab. Enfin, chaque entreprise doit s’engager en modifiant ces statuts. L’estampille n’est valable que deux ans. Aux États-Unis, B-Lab a obtenu la création d’un nouveau statut légal pour les entreprises baptisé Benefit Corporation, qui les reconnaît comme « à but non lucratif ayant un impact positif sur la société et l’environnement ». Dans les 31 états signataires, il autorise formellement ces entreprises à servir d’autres intérêts que ceux de leurs seuls actionnaires, sans pour autant renoncer aux profits. « Je mène cette même discussion en Suisse, raconte Jonathan Normand, tout comme la possibilité de mettre en place d’autres pratiques telle une TVA plus basse pour les entreprises ayant un impact social et environnemental positif. »

Un outil d’éducation
Plus de 690 entreprises suisses ont déjà utilisé l’outil d’évaluation. « Les entreprises de demain seront forcément des BCorp, assure le CEO de Codethic. Je l’assène dans toutes mes interventions et pour tout le monde c’est une évidence. Les milléniaux, ceux qui ont entre 25 et 40 ans, ne croient plus au modèle patriarcal, mais valorisent les objectifs liés au développement durable, notamment dans leur manière de consommer, en privilégiant des produits bien faits et bons dans toutes les dimensions. »

NATHALIE BEAUDOIN-PASQUIER