Villes et nature : de nouvelles alliances

Par Sonia Johnson N°43 - Automne 2018

Aux Pays-Bas, face au réchauffement climatique et à une forte densité de population dans les grandes villes, des habitats flottants se développent depuis des années : d’abord sur des îles artificielles, ou sur les innombrables digues et canaux qui sillonnent le pays.

Les premiers habitants de ces îles artificielles du quartier d’IJburg construites sur le lac IJmeer dans le sud-est d’Amsterdam étaient un peu des pionniers au début des années 2000. Les architectes laissaient place à leur créativité, mais personne ne pouvait prédire la pérennité des villas flottantes construites à des dizaines de kilomètres d’Amsterdam et emmenées par la mer, poussées par des remorqueurs, sous l’œil imposant du majestueux pont Enneüs Heerma, conçu pour relier ces habitations à la terre. Aujourd’hui, près de 20 000 habitants flottent sur IJburg, des start-up choisissent aussi de s’installer ici, séduites par les nombreuses infrastructures qui se développent au fil des ans et la connectivité désormais associée au quartier.

Un quai aux 19 villas flottantes
Les architectes néerlandais se sont perfectionnés au fil des projets et ils proposent aujourd’hui une architecture influente et créative. À Utrecht, les parties à vivre ondulent et surplombent la surface, protégées par de larges façades en verre transparent. Les chambres, quant à elles, sont souvent situées sous le niveau de l’eau. Les villas possèdent toutes une terrasse sur le toit et trois étages d’habitation. Les murs extérieurs sont faits de panneaux en aluminium, dotés d’une longue durée d’utilisation et d’une maintenance favorable. Ils garantissent une réduction d’énergie de 25 % par rapport à une habitation classique. Des plantes végétales aquatiques entourent les propriétés. Le marché est prometteur, comme le confirme cet agent immobilier du centre d’Utrecht : « Les familles sont en général de classe moyenne, avec un ou deux enfants. Elles aiment l’idée de vivre au contact de l’eau, avec juste ce petit mouvement de flottement et une température agréable en hiver comme en été. ». Le marché de l’habitat flottant est en pleine évolution et propose des constructions vertes et socialement conscientes. Dans le pays aux 3 500 polders, les projets fleurissent et franchissent les frontières. Cette durabilité et cette ouverture pour contrer l’un des fléaux majeurs de notre temps pourraient intéresser, à l’échelle mondiale, toutes les villes concernées par la montée des eaux, qu’elles soient riches ou pauvres.

En harmonie avec la vie aquatique
En front de mer, à deux pas de la Gare Centrale d’Amsterdam, la fondation Mediamatic est une pépinière trépidante de jeunes explorateurs de l’art, du design et des modes de vie. Un restaurant vegan et une ferme urbaine complètent ces programmes toujours développés à l’aide des nouvelles technologies. Comment faire interagir, dans un même circuit, plantes, poissons et humains ? Dans la serre Aquaponics, trois gros bacs d’eau chaude, préservés de la lumière, abritent des centaines de poissons-chats, une espèce internationale. Le système mis en place est totalement écologique : les plantes nettoient l’eau des poissons. Le jardin potager est le filtre biologique de leurs étangs. L’eau circule sans arrêt et plusieurs fois par heure, les poissons vont dans la serre végétale, puis reviennent. L’eau est alors nettoyée et les plantes nourries. Comme dans la nature.

Autonomiser les villes de demain
Aquaponics tente de montrer que les systèmes n’ont plus besoin d’être contrôlés artificiellement et séparés les uns des autres : ils peuvent être réunis et équilibrés pour fonctionner ensemble. Ici, les plantes et les poissons sont en interaction naturelle et dans chaque décision prise, la question de l’environnement semble prioritaire. Demain, vivre en ville pourra être synonyme d’alimentation autosuffisante et d’alliance quotidienne avec l’eau. Les Pays-Bas, véritable laboratoire européen restent en avance sur les enjeux environnementaux de demain.

SONIA JOHNSON

‟Comment faire interagir, dans un même circuit, plantes, poissons et humains ?„