Des jardins flottants sur la Seine

Par Julie Chaizemartin N°40 - Printemps 2017

Depuis trois ans, les Parisiens peuvent profiter d’îlots de verdure flottants aménagés sur les bords de Seine au pied de la tour Eiffel. La conquête des berges de Seine par la Mairie de Paris ne s’est pas faite en un jour, suscitant de vifs débats auprès de la population mais force est de constater que cette partie des quais de la Rive gauche rendue finalement aux piétons, entre le pont des Invalides et le pont de l’Alma, est aujourd’hui plébiscitée par une grande partie des habitants et a permis de voir émerger un coin de nature au cœur de la ville.

Il s’agit du premier grand chantier d’aménagement des rives de Seine annonçant le processus, toujours en cours, de réappropriation de ce territoire urbain par les piétons et la nature. L’idée est de remettre la protection de l’environnement au cœur du projet de transformation de la ville et d’aménager des espaces protégés de la pollution et du bruit en faveur d’une meilleure qualité de vie. Le Paris sans voitures souhaité par la maire Anne Hidalgo se met doucement en marche, une grande partie de la Rive droite venant à son tour d’être fermée définitivement aux voitures en septembre 2016. L’Archipel compte cinq petites îles reliées entre elles par des passerelles. Elles ont été construites par les chantiers navals du Havre, de Saint-Nazaire et de Dieppe et ont ensuite été acheminées à Paris avec leurs flotteurs. Proposant chacune une ambiance différente, elles sont autant de petits paradis poétiques et verdoyants pour le promeneur.

Cinq îles, cinq ambiances au charme différent

L’Île aux Oiseaux abrite une volière vitrée où l’on peut admirer les oiseaux et sentir le vent et les embruns du fleuve. Plusieurs arbres et arbustes y ont été installés pour permettre aux oiseaux de s’y nicher. À quelques pas de là, sur l’Île Prairie, c’est la détente qui semble être privilégiée. Un immense cordage suspendu à quelques centimètres du sol au-dessus d’un parterre verdoyant tend les bras au visiteur, qui peut s’y allonger et regarder le ciel de Paris. Herbes hautes et fleurs des champs ondulent gaiement nous faisant presque croire que l’on est en pleine campagne. À côté, sous le caillebotis métallique, la Seine chante et gargouille. L’Île centrale, elle, semble dédiée au passage et à la rencontre. Le promeneur peut s’asseoir sur des gradins aménagés au bord de l’eau formant une plage minérale aux côtés d’espaces conçus pour les enfants. Ici, le Parisien renoue avec son fleuve comme élément naturel et non plus comme frontière ou voie fluviale. En regardant un peu plus loin, des pommiers s’épanouissent près de l’eau. Il fallait y penser. C’est sur l’Île Verger que l’on peut les trouver. Une île au parfum printanier qui bénéficie d’une vue imprenable sur le Grand Palais, juste en face. Enfin, l’Île Brume est probablement la plus parisienne. Son nom le sous-entend. Elle est à la proue de l’Archipel et c’est ici que l’atmosphère parisienne est la plus palpable. D’abord parce que de longues-vues permettent de découvrir toute l’architecture urbaine qui s’offre au regard et la longue coulée du fleuve sous les ponts. De discrets brumisateurs finissent d’apporter un charme singulier au lieu qui recrée à merveille les tons verts et gris argenté propres à la capitale.

La nature retrouvée dans la ville permet ici de révéler la beauté de la cité et de son architecture. Pari réussi ? À peine 1 800 m2 pour redonner aux citadins le goût de la nature. Soixante espèces d’arbres, plusieurs centaines d’arbustes, 3000 plantes vivaces, graminées, tombantes ou semi-aquatiques s’élancent au-dessus de rochers, de planches de bois et de métal ou de pelouses. Le projet aura coûté presque 27 millions d’euros afin d’imaginer une ambiance aussi design que naturelle, qui prolonge les berges en jardins. Le paradis perdu du jardin est ici ressuscité en toute simplicité.