Editorial de Thierry Barbier-Mueller – Masochisme, non merci !

Par Thierry Barbier-Mueller N°27 - Automne 2010

TBMNos certitudes et notre confort – encore que, s’agissant de notre confort, on s’aperçoit avec le recul qu’il a été remarquablement préservé comparé à la majorité des pays occidentaux – ont été passablement bousculés ces deux dernières années. Quoi de plus normal dès lors que de s’interroger à nouveau sur notre place dans le monde, sur la perception qu’ont les étrangers de notre pays.

L’image du miroir qui nous est ainsi présenté dans notre dossier spécial (pp. 25 à 41 *) n’est finalement pas très surprenante : Serions-nous restés nous-mêmes dans un monde qui change ? Ou avons-nous su, malgré notre réputation de conservatisme sans doute exagérée, nous adapter ? Ou peut-être encore, ne nous connaissons-nous pas si mal ?
Quoi qu’il en soit, les avis de nos hôtes ne manquent pas de pertinence ; acceptons leurs compliments et leurs encouragements. Est-ce si banal de relever qu’après sept cents ans, la démocratie directe est toujours une institution précieuse et parfaitement utile ?
Prêtons toutefois attention à leurs critiques : celles-ci émanent d’amis qui nous veulent du bien et qui savent de quoi ils parlent. Sur quoi portent ces critiques ? Une fiscalité pas si douce – en tout cas à Genève et si vous n’êtes pas au bénéfice d’un forfait fiscal – contrairement à une idée préconçue largement répandue, un système scolaire public coûteux et peu performant, un perfectionnisme parfois autobloquant, ou encore des restrictions contre-productives à l’octroi de permis de travail extra-européens.

Mais globalement, comme le relève joliment l’une de nos hôtes, la Suisse a gardé cette capacité à ne pas traiter les questions importantes en noir ou blanc uniquement, mais à solliciter toutes les nuances du gris. Dans un monde de plus en plus complexe, voilà certainement un atout majeur !
Notre dossier met également en évidence l’étonnant appétit de voyage, de découverte et d’aventure de nos compatriotes : il n’a pas été difficile de les trouver installés dans des endroits aussi divers et lointains que la Nouvelle-Calédonie, le Sénégal, le Maroc ou l’Inde. Leurs expériences et le regard, désormais distant, qu’ils portent sur leur pays d’origine sont aussi enrichissants qu’émouvants. Et nous rappellent que c’est aussi cela la Suisse : une capacité étonnante à partir à la découverte de l’autre et à entreprendre dans un environnement étranger, avec une idée très claire des atouts que nous pouvons exploiter et mettre en valeur.

Soulignons également que deux organismes au moins contribuent à entretenir le capital sympathie de la Suisse à travers le monde : Pro Helvetia et Présence Suisse. Le rappel de leur mission et de leurs projets en cours montre que la culture reste un puissant levier pour promouvoir l’image et la réputation du pays ; les investissements dans ce domaine ne sont donc pas vains. Et que notre petit pays n’est pas si passif que certains le dénoncent, lorsqu’il s’agit de promouvoir notre image et marquer notre présence à l’étranger.

Thierry Barbier-Mueller