Opération de dernière chance

Par Nathalie Beaudoin-Pasquier N°40 - Printemps 2017

Depuis septembre 2016, c’en est fini des rebuts alimentaires dans la poubelle ! Pour atteindre 50% de taux de recyclage, les communes et l’État de Genève distribuent à tour de bras des caissettes vertes. Un pis-aller avant la fameuse taxe au sac ?

Près de 100 000 poubelles vertes vont intégrer les cuisines genevoises d’ici à mai 2017. L’enjeu est de taille si l’on veut échapper à la taxe au sac ! Alors, pour sensibiliser la population, Genève n’a pas lésiné sur les moyens : affiches réalisées par l’agence MCSaatchi, création d’un site au nom identique, distribution de kit comprenant la fameuse poubelle, un pack de 15 sacs biodégradables et flyer pédagogique listant les denrées autorisées. Avec cette campagne, Luc Barthassat, conseiller d’État à l’Environnement, compte bien atteindre 50% de taux de recyclage de déchets urbains d’ici à la fin de l’année. Actuellement, il plafonne à 46%, ce qui place le canton bon dernier. Et la Cité de Calvin joue encore les trublions en restant la seule à refuser la fameuse taxe au sac. Pourtant, cet écot a prouvé son efficacité depuis Saint-Gall en 1975, jusqu’à Vaud, dernier à l’imposer en 2013. « L’effet de la taxe a été manifeste ! En deux ans, nous sommes passés d’un taux de^recyclage de 45% à 57% », s’enthousiasme Étienne Ruegg, ingénieur à la Direction générale de l’environnement de Vaud, avant de poursuivre. « Mais, si l’effet quantitatif est tout à fait spectaculaire, l’effet qualitatif reste à désirer. Pour réduire le volume du sac taxé, certains sont moins regardants dans leur tri quand d’autres multiplient les dépôts sauvages.» La mise en place d’un site de sensibilisation, « responsable.ch », n’a eu qu’un effet limité. « La population n’a réagi qu’à partir du moment où la taxe a été introduite. » Dommage de devoir passer par la politique du bâton ! « Depuis 1997, le passage à la taxe est une obligation légale, explique Mr Ruegg, le Tribunal fédéral ayant confirmé que l’élimination des déchets ne devait plus être financée par les ressources fiscales ordinaires. Dès lors, nous n’avions plus le choix. »

Dernière chance avant la taxe

Aussi pour Genève… « C’est un peu l’opération de dernière chance », comme le souligne Luc Barthassat. Chaque citoyen doit changer ses habitudes en plaçant épluchures, coquilles d’oeuf, fleurs fanées, sachets de thé et autres dans un sac compostable de 7 litres. Ensuite, direction le point de collecte : le conteneur « déchets de cuisine » ou « déchets organiques » dans les immeubles ou l’un des 79 écopoints déjà disséminés dans la ville et les communes. Ensuite, direction les filières de retraitement. Après quelques mois, des changements sont notables. « Globalement, les communes et les transporteurs ont mentionné une augmentation du tonnage de déchets de cuisine collectés, explique Matthieu Raeis, ingénieur à la DETA. Sur le site de Châtillon, les nouveaux sacs de compostage mis à disposition sont largement utilisés. Mais beaucoup d’immeubles ne disposent pas encore de conteneurs spécifiques.

Valoriser ses déchets organiques

Aujourd’hui, les Genevois produisent 210 000 tonnes de déchets qui prennent la direction de l’usine des Cheneviers pour y être incinérées. Mais les restes de légumes ou de fruits, chargés d’eau, brûlent mal. En rejoignant l’usine de Châtillon, ils sont transformés en biogaz et en compost. Une aubaine quand on sait que nos poubelles sont composées pour un tiers de déchets organiques ! Dès la fin de l’année, Genève pourrait atteindre 50% de recyclage et prouver qu’elle est capable de trier ses rebuts sans passer par la pression du porte-monnaie. Pour autant, le Conseil fédéral fait grimper les enchères en exigeant un 60% des déchets urbains recyclés d’ici à 2020. De quoi rejoindre le trio de tête européen : Autriche (63%), Allemagne (62%) et Belgique (58%). Pour y parvenir, la Ville et même l’État pourraient peutêtre aller guigner du côté des entreprises, grands fournisseurs d’emballage. Conformément au plan de gestion des déchets, l’objectif de récupération a été fixé pour eux à 70% pour 2017. Or, si l’on observe nos étals avec leurs fruits et légumes saucissonnés dans des barquettes filmées, ou les biscuits emballés seuls ou par lot… nous sommes encore loin du compte. Avec une taxe au sac, nous serions bien tentés de laisser nos emballages aux caisses des supermarchés et de réutiliser nos épluchures, comme le faisaient nos grands-mères.